Taux et montant de la redevance de marque : quelles fourchettes sont réellement défendables en 2026

Post arrêt Lancaster, la question du bon taux de redevance de marque n'admet plus d'approximation. Nos experts-comptables détaillent les fourchettes réellement défendables et la méthodologie qui tient face à un vérificateur.

Taux et montant de la redevance de marque : quelles fourchettes sont réellement défendables en 2026

La redevance de marque est devenue l'un des leviers les plus discutés d'optimisation de la rémunération du dirigeant de PME à l'IS. Sa mécanique séduit : la société d'exploitation verse une redevance à son dirigeant (ou à sa holding patrimoniale) pour l'usage d'une marque déposée, avec déductibilité côté IS et imposition en BIC non professionnel côté bénéficiaire. Reste la question centrale, celle qui décide de la solidité de l'ensemble : quel taux, quel montant sont réellement défendables face à l'administration fiscale ? Nous constatons, depuis l'arrêt Lancaster (CAA Paris, 15 novembre 2024), une bascule doctrinale majeure qui rend obsolète la plupart des grilles de calcul « standardisées » proposées par les acteurs mono-produit du marché. Voici notre lecture, chiffrée, sans concession, du taux de redevance de marque effectivement soutenable en 2026.

Pourquoi la question du taux est devenue le point de rupture

Jusqu'en 2023, une pratique répandue consistait à indexer la redevance sur un pourcentage du chiffre d'affaires de la société d'exploitation, généralement entre 2 % et 8 % selon les secteurs. Cette approche présentait l'avantage de la simplicité et paraissait s'aligner sur les grilles issues des transactions comparables observées en propriété industrielle. L'arrêt de la Cour administrative d'appel de Paris du 15 novembre 2024 (dit arrêt Lancaster) a considérablement fragilisé ce raisonnement.

Le juge y rappelle que la rémunération d'une marque doit refléter la valeur économique intrinsèque qu'elle apporte à son utilisateur, et non se contenter d'un prélèvement mécanique sur le chiffre d'affaires. Un pourcentage appliqué sans démonstration de la contribution réelle de la marque à la marge, à la notoriété et au différentiel de prix devient un indice fort d'acte anormal de gestion, voire d'abus de droit lorsque la structuration paraît motivée par le seul but fiscal. La conséquence pratique est claire : le pourcentage du CA, seul, est mort comme méthode de fixation défendable.

Les trois familles de méthodes pour fixer un taux défendable

Les trois familles de méthodes pour fixer un taux défendable

La norme ISO 10668, référence internationale sur la valorisation de marque, structure l'analyse autour de trois approches. Rappelons ici un point important : il n'existe pas de « certification ISO 10668 » ; il s'agit d'une méthodologie que nous appliquons pour construire un dossier probant.

L'approche par les revenus (income approach)

C'est la méthode dominante pour justifier une redevance. Elle repose principalement sur le relief-from-royalty : la marque vaut ce que son propriétaire économiserait en n'ayant pas à la louer à un tiers. Concrètement, nous construisons un modèle prévisionnel de chiffre d'affaires attribuable à la marque, actualisé sur 5 à 10 ans, auquel nous appliquons un taux de redevance de marché, puis nous en déduisons la fraction annuelle raisonnable. Cette approche donne une fourchette de valeur d'entreprise-marque qui borne, en amont, le montant de redevance annuelle admissible.

L'approche par les coûts (cost approach)

Elle reconstitue l'investissement historique consenti pour créer la notoriété : dépôt et défense INPI, campagnes de communication, référencement, développement digital, packaging, actions de RP. Cette méthode fournit un plancher de valorisation, particulièrement utile pour les marques jeunes (moins de 5 ans) ou peu documentées côté income.

L'approche par le marché (market approach)

Elle s'appuie sur des transactions comparables : cessions de marques ou contrats de licence publiés dans le secteur. La difficulté est l'accès à des comparables réellement pertinents. Les bases spécialisées (RoyaltyStat, ktMINE) restent l'apanage des cabinets structurés. Nous les utilisons systématiquement pour trianguler les résultats obtenus par les deux autres méthodes.

Fourchettes de taux de redevance observées par secteur

Les données de marché publiées et les jurisprudences récentes permettent de dessiner des fourchettes indicatives. Nous insistons : ce sont des repères de cadrage, jamais des grilles à appliquer aveuglément. Chaque situation doit être documentée par une valorisation propre.

  • E-commerce et DNVB : 2 % à 5 % du CA attribuable à la marque, avec une pondération selon la part du trafic organique généré par la notoriété propre versus le trafic payant.
  • Restauration (concept, enseigne) : 3 % à 6 % du CA, sous réserve d'une véritable identité de marque (charte, notoriété locale démontrée, dépôts INPI). Une simple raison sociale ne suffit pas.
  • Pharmacie d'officine : les cas défendables restent rares, la marque de l'officine étant souvent absorbée par l'enseigne de groupement. Fourchette prudente : 1 % à 2 % du CA hors médicaments remboursés.
  • Cabinet dentaire ou centre médical : 2 % à 4 % du CA de la structure d'exploitation, à condition que la marque soit distincte du nom du praticien et ait fait l'objet d'un dépôt et d'une communication autonomes.
  • BTP et isolation : 1 % à 3 %, la marque étant rarement le principal driver d'acquisition client dans un secteur dominé par le bouche-à-oreille et l'appel d'offres.
  • Tech et SaaS : 3 % à 7 % du CA récurrent (ARR), la valeur de la marque étant souvent élevée sur les segments B2C ou prosumers.

Ces fourchettes doivent ensuite être plafonnées en valeur absolue par la valorisation ISO 10668 de la marque. Une marque valorisée 400 000 € ne peut raisonnablement générer 150 000 € de redevance annuelle : le taux implicite de rentabilité (37,5 %) devient économiquement absurde et attaquable au premier contrôle.

La règle du forfaitaire post-Lancaster

L'apport principal de l'arrêt Lancaster est d'imposer, en pratique, une logique de forfaitaire ou de forfaitaire à part variable encadrée. Nous privilégions désormais deux structures contractuelles :

  1. Une redevance forfaitaire annuelle calculée sur la base de la valorisation ISO 10668, révisable tous les 3 à 5 ans par avenant, avec indexation modérée (indice INSEE des services aux entreprises par exemple).
  2. Une redevance mixte associant un fixe majoritaire (au moins 70 % du total) et une part variable plafonnée sur un indicateur qualitatif de performance de la marque (nombre de visites uniques, notoriété assistée), et non sur le CA brut.

Cette architecture rompt le lien mécanique entre chiffre d'affaires et redevance, qui était précisément le point d'attaque du juge dans Lancaster. Elle renforce également la démonstration de substance économique exigée par l'administration.

Les bornes hautes à ne jamais franchir

Nous fixons dans nos dossiers plusieurs garde-fous quantitatifs qu'aucun montage ne doit dépasser sans justification renforcée :

  • La redevance ne doit pas absorber plus de 25 à 30 % du résultat d'exploitation avant redevance de la société licenciée. Au-delà, le vérificateur considère que la marque « capte » la valeur créée par l'exploitation, ce qui traduit un déséquilibre suspect.
  • Le taux de rentabilité annuelle de la marque (redevance / valorisation ISO 10668) doit rester compris entre 8 % et 15 %, aligné sur les taux de rendement observés sur les actifs incorporels.
  • La redevance ne doit pas se substituer économiquement à la rémunération de dirigeant. Si la baisse de salaire est concomitante à la mise en place de la redevance, le risque de requalification est majeur.
  • Le cumul redevance + dividendes + salaire doit rester cohérent avec le train de vie et les fonctions exercées, la cohérence globale étant appréciée par l'administration.

Comment nous documentons un taux défendable

La solidité d'un montage se juge à la traçabilité du raisonnement. Notre méthode d'accompagnement s'articule autour de six livrables systématiques :

  1. Un rapport de valorisation ISO 10668 combinant les trois approches (revenus, coûts, marché) et concluant sur une fourchette de valeur d'entreprise-marque.
  2. Une étude de comparables sectoriels, chiffrée, sourcée, datée, restituant les taux de redevance observés dans des transactions ou licences publiées.
  3. Un rapport économique démontrant la contribution de la marque au chiffre d'affaires et à la marge de la société d'exploitation (part du trafic organique, prime tarifaire, taux de réachat).
  4. Un contrat de licence de marque structuré, avec clauses de contrôle qualité, obligations du licencié, révision périodique et modalités de rupture.
  5. Le procès-verbal d'assemblée autorisant la convention réglementée et le rapport spécial du commissaire aux comptes lorsqu'il est requis.
  6. Une note de doctrine interne anticipant les points d'attaque du vérificateur et justifiant chaque paramètre retenu.

Ce dossier constitue la ligne de défense mobilisée en cas de contrôle. Sans lui, le débat contradictoire tourne rapidement au désavantage du contribuable, comme le rappellent les signaux qui déclenchent une vérification de comptabilité et l'analyse des flux atypiques entre associés et société.

Le conseil de nos experts sur la révision du taux

Un taux fixé une fois pour toutes n'est pas défendable dans la durée. Nous recommandons une révision contractuelle tous les 3 à 5 ans, avec mise à jour formelle de la valorisation. Cette dynamique correspond à la vie réelle d'une marque : la notoriété évolue, le chiffre d'affaires attribuable change, les comparables de marché se déplacent. Un contrat de licence figé pendant dix ans, avec redevance croissante en valeur absolue, alerte immédiatement le vérificateur. À l'inverse, une redevance qui décroît légèrement lorsque le contexte le justifie témoigne d'une gestion de bon père de famille, argument précieux au contentieux.

Ce que le vérificateur regarde en premier

En cas de notification d'un avis de vérification de comptabilité, notre expérience montre que le vérificateur concentre son analyse sur cinq points concernant la redevance :

  • L'antériorité du dépôt INPI par rapport à la mise en place de la licence.
  • La réalité de la substance de l'entité propriétaire de la marque (moyens, décisions, comptabilité distincte).
  • La corrélation temporelle entre baisse de salaire ou de dividendes et apparition de la redevance.
  • Le rapport entre redevance et résultat de la société licenciée.
  • L'existence d'une valorisation contemporaine et documentée du taux retenu.

La question du contrôle URSSAF se pose également, la redevance étant parfois requalifiée en complément de rémunération soumis à cotisations. Nous invitons les dirigeants concernés à consulter notre guide de préparation d'un contrôle URSSAF pour cerner les zones de vigilance côté social.

Le rôle de HR Associés dans la construction et la défense du taux

Notre cabinet n'aborde pas la redevance de marque comme un produit standardisé, mais comme un montage patrimonial à haute technicité qui exige une architecture sur mesure. Nous conduisons systématiquement, en amont, un audit d'éligibilité qui répond honnêtement à la question : votre situation autorise-t-elle, oui ou non, une redevance de marque défendable ? Dans un cas sur trois environ, notre réponse est négative, et nous orientons alors le dirigeant vers des leviers alternatifs (arbitrage salaire/dividendes, management fees encadrés, PEE-PERCO, holding animatrice).

Lorsque le dispositif est pertinent, nous engageons notre expertise comptable, notre pratique du commissariat aux comptes et notre positionnement de DAF externalisé pour construire le montage, produire les livrables de défense, sécuriser les écritures et accompagner le dirigeant, le cas échéant, tout au long d'un contrôle fiscal ou social. La différence tient à cette capacité à tenir le dossier dans le temps, bien au-delà de la simple signature du contrat de licence.

Passer à l'action : l'audit d'éligibilité

Fixer un taux de redevance sans valorisation contemporaine, sans étude de comparables et sans architecture contractuelle post-Lancaster revient à exposer volontairement l'entreprise à un redressement dont le coût moyen représente deux à trois fois l'économie fiscale initialement recherchée. Cette réalité, nous la mesurons chaque année sur les dossiers repris en défense après une mise en place hasardeuse par un prestataire mono-produit.

Nous proposons aux dirigeants qui envisagent ou ont déjà mis en place une redevance de marque un audit d'éligibilité personnalisé : diagnostic de la marque et de son potentiel, revue du montage existant si applicable, fourchette de taux défendable, chiffrage comparé avec les autres leviers de rémunération, et plan de mise en conformité. Pour engager cette démarche, prenez contact avec notre équipe via la page dédiée du cabinet.

Cet article présente un cadre général à jour à la date de publication ; chaque situation requiert une analyse personnalisée par nos experts.

Information à caractère général, non constitutive d'un conseil personnalisé.

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